A défaut de souvenirs familiaux précis, Laurent de Gaulle, petit neveu du grand Charles, a suffisamment d’esprit de famille pour nous livrer un ouvrage de synthèse valable sur les choix philosophiques de son célèbre grand-oncle. Mais pas de quoi ouvrir un procès en canonisation.
Qu’est ce qui pousse un homme portant l’un des plus célèbres noms de l’Histoire de France, à entreprendre, à l’approche de la cinquantaine, une étude aussi délicate que celle de l’univers spirituel d’un géant ? Laurent de Gaulle sait parfaitement qu’on lui reprochera une certaine témérité à franchir le domaine si secret de la vie spirituelle de son grandoncle. D’autant plus que le général de Gaulle quitta ce monde alors que Laurent n’avait jamais pu être présenté à l’Elysée en vertu d’une règle qui fixait à 7 ans et demi l’âge minimum pour franchir le seuil du saint des saints de la République. La générale (“tante Yvonne“ de pieuse mémoire) veillait sans faiblesse sur ce prescrit. Et même les souvenirs que le jeune Laurent a gardés des funérailles nationales du Général sous les voûtes de Notre Dame de Paris n’apportent pas grandchose, si l’on se réfère à ce qu’il en a retenu. Il confesse sa surprise de voir que “le protocole nous a placés derrière les fils de Valéry Giscard d’Estaing. (…) Du haut de mes 9 ans je suis furieux. (…) En plus ils sont immenses, les cheveux mal coiffés, avec des épis…“
Pas de témoignages marquants des quelques grandes personnalités du gaullisme qu’il a pu rencontrer dans les années ultérieures. On ne perçoit guère d’écho significatif de sa rencontre avec Gaston Palewsky, qui aurait certes pu éclairer sa lanterne. Et pourtant, on ne trouve aucun désir de paraître, ni de récolter un succès facile à se fabriquer un prénom qui chercherait appui sur un nom célèbre. La raison profonde me semble se trouver ailleurs. Laurent de Gaulle a travaillé longtemps avec l’une de ses tantes, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, qui fut résistante de la première heure, arrêtée et déportée en Allemagne nazie, et qui, après guerre, fut la fondatrice d’ATD Quart-monde. Quand elle meurt, en 2002, elle laisse derrière elle un neveu très attentif aux problèmes d’actualité. Laurent de Gaulle se sent manifestement investi d’une mission familiale. Il dirige la revue écologiste “Planète Libre“. Puis, il y a un peu plus d’un an, il écrit cet essai étonnant sur la “foi“ religieuse du Général.
L’auteur a obtenu des ayants droit l’autorisation de puiser librement des extraits dans les oeuvres du général. Ce qui nous donne en définitive une relecture attentive des “Mémoires de Guerre“ publiés par Gallimard, et d’autres écrits gaulliens publiés par Robert Laffont, Plon ou d’autres encore, le tout examiné par rapport aux choix philosophiques et religieux de l’Homme du 18 juin. Laurent de Gaulle y parvient-il ? Il écrit à propos de son illustre grand-oncle : “J’ai observé dans son comportement de soldat, d’homme de gouvernement et d’homme d’État les symptômes d’un grand croyant, la marque chrétienne, franciscaine parfois, de l’homme sur le dirigeant.“
Exercice périlleux. Dans “La Croix“, Bruno Frappat en esquisse les limites : “Creuser la foi d’un homme, si cet homme lui-même n’a pas entrepris de la décrire, de l’exposer, de la fouiller, est un exercice particulièrement risqué. Or, de Gaulle, qui a énormément écrit (discours, lettres, messages, mémoires), n’a guère consacré de temps à se découvrir sur ce plan-là. Du coup, Laurent de Gaulle avance beaucoup plus par affirmations nées de sa conviction propre que par preuves démonstratives. En ce sens, on pourrait parler à propos de son livre d’une biographie interprétative. La preuve en est la rareté des citations directes de Charles de Gaulle, dans son livre, sur ce thème précis de la foi. Les nombreuses autres citations qui enrichissent cet ouvrage mènent parfois sur le chemin de la foi mais pas au coeur de cette foi.“ Fort honnêtement, Laurent de Gaulle y ajoute une autre réserve : “Tout cela est empreint d’un infaillible respect de la laïcité et de l’impartialité de l’État. (…) Sans jamais renier ce à quoi il croit et qui le fait vivre, en particulier sa vision historique de la France et de sa mission.“ Pas besoin d’y ajouter une auréole. Sauf l’envie de pasticher un célèbre adage : “Seigneur, protège-moi de mes biographes. Ma biographie, je m’en suis chargé moi-même !“
Guido VAN DAMME
“Une vie sous le regard de Dieu – La foi du général de Gaulle”, Laurent de Gaulle, Éd. L’Oeuvre, 202 pages, Paiement anticipatif : 21 EUR port compris, au compte 732-7032002-38 IBAN BE24 7327 0320 0238 - BIC CREGBEBB de Dimanche Service, 20 Place de Vannes, 7000 Mons.