La nouvelle édition de la TOB, la Traduction OEcuménique de la Bible, vient de paraître. Rappel historique et présentation des nouveautés.
La Bible est une bibliothèque qui s’est constituée en dix siècles. Les livres qui la composent relèvent de genres aussi divers que le récit, le code de lois, l’exhortation, le poème, la lettre, la nouvelle. Les auteurs et rédacteurs de ces livres ont une conviction commune : ils ne peuvent comprendre leur identité et leur histoire, en tant qu’individus et comme membres d’un peuple, qu’en Alliance avec Dieu. À partir du 6e siècle av. J.-C., en effet, Israël se considéra comme un peuple à part. De nombreux textes de cet ensemble littéraire reprennent cependant les traditions et les idées de l’ancien Orient, par exemple en ce qui concerne la création ou le déluge. Mais ils en offrent une nouvelle interprétation à la lumière de leur expérience religieuse. Dans la deuxième moitié du premier siècle, les premières communautés chrétiennes se détacheront progressivement du judaïsme, donnant naissance au christianisme et à toute une littérature propre. Elle s’ajoutera à ce qui s’appelle désormais l’Ancien Testament, écritures juives qui ne seront complétées par le Nouveau Testament qu’aux alentours du troisième siècle. Les chrétiens sont convaincus que les deux parties témoignent du même Dieu qui a choisi Israël, mais offre le salut à l’humanité tout entière.
L’idée d’une version de la Bible commune à tous les chrétiens remonte à Richard Simon, au 17e siècle, mais elle ne prendra corps que dans les années 60 du 20e siècle. En 1965, en effet, six traducteurs de confessions différentes s’attelèrent à la difficile épître de Paul aux Romains. Les inévitables désaccords ne se firent cependant pas entre confessions chrétiennes, mais entre traducteurs, qu’ils soient catholiques ou protestants. La démonstration fut donc faite qu’il est possible de traduire ensemble. 120 traducteurs se mirent au travail. En 1972, le Nouveau Testament paraissait et, en 1975, l’Ancien.
Progressivement, une harmonisation s’avéra nécessaire et il fallait aussi tenir compte des remarques ou suggestions reçues des lecteurs. Une première mise à jour fut donc faite en 1988. En 2004, il fallut revoir la traduction du Pentateuque, les cinq premiers livres de la Bible, l’exégèse ayant évolué. On en profita pour actualiser les introductions générales à la Bible et à l’Ancien Testament et pour réviser le tableau chronologique. Nous voici maintenant en 2010 où une toute nouvelle édition paraît. L’éclairage historico-culturel devait être aussi revu, notamment grâce aux nouveaux progrès de l’archéologie. Les orthodoxes y sont davantage présents et ajoutent leurs livres “deutérocanoniques” : 3 et 4 Esdras, 3 et 4 Maccabées, la Prière de Manassé, le Psaume151.
On a procédé également à certaines retouches systématiques. Tout d’abord sur les noms divins. Ainsi le Seigneur des armées rendu en Seigneur tout-puissant a été revu en le Seigneur de l‘univers, qui exprime mieux l’étendue les compétences du Dieu de la bible. Quant à l’appellation Shaddaï, elle a été tout simplement transcrite, car on ignore toujours sa signification exacte. Le qualificatif jaloux, lui, risquant d’être compris au sens de “envieux”, a été remplacé par l’adjectif exigeant. Quant à la jalousie de Dieu, elle a fait place à son zèle pour les cas où Dieu prend le parti de son peuple, et à son ardeur, quand il s’en prend à lui. Le verbe prophétiser ouvrant la porte à des contre-sens, a été remplacé par parler en/comme prophète.
Autre question importante, le mot Juif dans l’évangile de Jean. En français, il n’a que deux sens : adepte de la religion juive ou descendant de Jacob. En grec, quatre acceptions sont disponibles : les deux précédentes ainsi que les Judéens et les autorités du judaïsme, deux sens bien différents. On a donc travaillé à identifier l’acception convenable pour les 68 cas où le terme juif se trouve dans l’évangile de Jean. La traduction est un art qui sans cesse s’affine.
Charles DELHEZ
“La TOB”, édition du Cerf, 41 €, (dont 5 euros de frais) port compris, au compte 732-7032002-38 IBAN BE24 7327 0320 0238 - BIC CREGBEBB de Dimanche Service, 67/2, chaussée de Bruxelles, 1300 Wavre.