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Syrie

Le calvaire d’un étudiant

Syrie

Rares sont les témoignages, qui nous sont parvenus des pionniers – pacifiques – du "printemps arabe" en Syrie, et pour cause ! Un rescapé raconte.

Le 15 mars dernier, cinq jeunes, dont M. – que nous appellerons de la sorte compte tenu des risques qu’il encourt –, se sont retrouvés à Damas, via Facebook, pour réclamer davantage de liberté. Le petit groupe a vite été rejoint par d’autres. C’était la première manifestation contre le régime ! Arrêtés par les forces de l’ordre, les cinq jeunes gens ont été déshabillés, ligotés, fouettés, puis aspergés d’eau froide. Des séances de torture destinées à briser leur résistance.
Au cours d’un de ces interrogatoires musclés, M. a été forcé d’apposer ses empreintes digitales sur une feuille où était écrit : "Je reconnais avoir manifesté sur ordre du Mossad (services secrets israéliens, ndlr) pour lequel je travaille depuis longtemps. La CIA m’a payé à cette fin." Transporté dans un autre centre de détention, il a été régulièrement battu avec des barres de fer et aspergé d’eau glacée. Entre deux séances, un bourreau lui écrasait la tête, un deuxième lui sautait sur le dos, un troisième lui ouvrait la bouche, tandis qu’un quatrième y enfonçait violemment son pied.


Sous surveillance étroite

Debout, les mains liées, il a été attaché au plafond durant quatre jours, avec, pour seule nourriture, un morceau de pain humecté, fourré en bouche. Comme il niait toujours être un agent du Mossad malgré les décharges électriques, il a été pendu par les jambes et roué de coups sur la plante des pieds.
Finalement, au terme de 27 jours d’enfer, on lui a rendu ses vêtements et son GSM, mais pas ses chaussures, ses papiers d’identité, son permis de conduire ni ses clés d’appartement ! Trois jours plus tard, il a reçu un appel téléphonique le priant de se rendre au Centre 251 "pour récupérer ses affaires". Il s’est retrouvé incarcéré trois jours supplémentaires avant de s’entendre renvoyé dans "une prison plus grande", c’est-à-dire toute la Syrie, puisqu’il vivrait désormais sous surveillance étroite, avec interdiction de se rendre dans une mosquée ou de participer à quelque rassemblement que ce soit, même festif. S’il était vu dans les parages d’une manifestation, il en serait aussitôt considé-ré comme le responsable.


Seul survivant

Toujours par voie officielle, M. apprit successivement qu’un des cinq manifestants arrêtés en même temps que lui s’était "suicidé", qu’un deuxième était mort "dans un accident de voiture" et que le troisième avait été "enlevé, torturé et assassiné par un groupe terroriste". Du quatrième, M. reste sans nouvelles, craignant le pire. M. serait donc le seul rescapé, mais jusqu’à quand ?
Malgré ses blessures, M. a repris le chemin de l’université et passé tous ses examens de fin d’études. Mais lors de la publication des résultats, il a été mentionné "absent". Et le sinistre scénario s’est reproduit en seconde session. Plus tard, il a reçu la visite de quatre personnes des services secrets syriens qui lui ont proposé, non sans menaces, de travailler pour eux comme "informateur", s’il voulait décrocher son diplôme universitaire. M. a refusé et a pris peur. Réfugié dans un pays voisin, il continue d’être pourchassé par des agents syriens.
Seul, inquiet, le corps meurtri par les coups, il est profondément découragé dans l’interminable, voire l’improbable attente d’un visa humanitaire ou d’étudiant vers la Belgique.
Texte et photo : Béatrice PETIT
Légende photo : Jeunes manifestants contre le régime se camouflant le visage "par crainte de représailles", nous ont-ils dit.

 
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