Société
L’immigration, une bonne ou une mauvaise nouvelle ?
Philippe Dembour est père de cinq enfants. Juriste et économiste, il est membre de direction d’une grande entreprise privée. Il a fondé une association avec des chrétiens, musulmans, laïques et juifs en vue de réfléchir aux conditions du vivre-ensemble.
- Que pensez-vous de la loi sur le regroupement familial ?_ - Après les trois agressions dont nos enfants ont été victimes en s
ix semaines, nous avons développé plusieurs initiatives pour aider des familles allochtones, notamment dans le domaine de l’école des devoirs et du parrainage moral. Cela m’a donné l’occasion de lier une amitié avec de nombreux Marocains d’origine. Plusieurs d’entre eux me signalent le danger de la politique d’immigration actuelle pour la cohésion sociale et l’avenir de leurs enfants. L’un d’eux m’a dit avec sagesse : "Pour que les allochtones soient bien accueillis, il faut que les autochtones se sentent encore chez eux ! Nous sommes tous très inquiets dans notre communauté de la non-gestion de l’immigration." Il faisait notamment allusion au regroupement familial qui fait venir par an en Belgique quelque 43.000 personnes dont le niveau de l’instruction ne facilite pas toujours l’intégration. Si on souhaite voir la population accueillir les étrangers et pas seulement les tolérer, il faut agir et être attentif à l’intérêt réel des immigrés déjà présents en Belgique.
- La différence est-elle source de richesse ?_ - Oui, à condition qu’on accepte l’autre et qu’on pense que cet autre
puisse aussi détenir une part de vérité. Quand je vois la situation des chrétiens dans les pays à majorité musulmane, je me rends compte que généralement, quand l’islam est majoritaire, la présence à ses côtés d’une autre religion pose problème. Quel est le facteur qui fait que dans quelques décennies, les populations chrétiennes d’Occident seront mieux traitées que celles d’aujourd’hui en Orient ?
- Le phénomène des mariages consanguins vous inquiète-t-il ?
- Ces mariages entre cousins germains permettent de faire venir en
Belgique, par le regroupement familial, les frères et sœurs des parents restés dans le pays d’origine. Dans ce domaine, nous devons être très respectueux de nos amis musulmans, mais les conséquences de ces mariages peuvent être très graves. Cela peut entraîner l’affaiblissement des fonctions intellectuelles des enfants nés de telles unions ou des handicaps physiques. Or, sans instruction, comment assurer l’intégration dans le tissu économico-social ? Si une proportion importante des jeunes ne terminent pas leurs humanités (il y en a plus de 70.000 à Bruxelles), nous allons au devant de très graves problèmes.
- Plusieurs communautés religieuses peuvent-elles coexister ?
- Pour que la coexistence soit possible, il faut que l’une des conditions suivantes soit respectée. Soit les textes sacrés des religions permettent la liberté de religion, c’est-à-dire changer de religion ou ne pas en avoir, soit les fidèles ont un degré d’instruction suffisant pour tenter une contextualisation du texte sacré. Aussi longtemps que certains considèrent le Coran comme la parole intangible donnée par Allah, valable en tous temps et tous lieux, la coexistence ne sera pas aisée. L’Islam a besoin de musulmans modérés et courageux qui osent interpréter les textes. Quand je lis certains versets coraniques comme “Ô Croyants ! Ne prenez jamais comme amis ni des Juifs ni des Chrétiens” ( 5,54), j’ai besoin d’être réconforté.
- Dans ce contexte, quelle attitude adopter ?
- Il est important de pouvoir aider nos voisins musulmans s’ils ont besoin de nous. Les possibilités d’aide sont nombreuses (alphabétisation des parents, aide scolaire…). Nous verrons leurs grandes qualités de gentillesse et d’hospitalité. Sur un plan plus large, il nous faut rester vigilant. Si on extrapole les tendances actuelles, à politique égale, notre pays deviendra un jour majoritairement musulman. À ce moment-là, nos valeurs laïco-judéo-chrétiennes pourraient se voir définitivement oubliées et la liberté religieuse en être écornée.
Recueilli par Charles DELHEZ