L’Eglise catholique est particulièrement affectée par la catastrophe : très présente dans tout le pays et surtout à Port-au-Prince, la capitale, elle y comptait beaucoup de sanctuaires et d’écoles. Ces dernières étaient pour la plupart constituées de bâtiments à étages, qui se sont effondrés comme des châteaux de cartes. Tel fut le cas de nombreuses institutions tenues par des salésiens ou salésiennes et destinées aux plus pauvres.
Au pied d’une église effondrée dans les quartiers dangereux du boulevard Dessalines, en plein centre ville, des religieuses s’activent autour d’un flot de sinistrés. Les yeux bouffis par le manque de sommeil,
Soeur Sylvie, la responsable de cette communauté des Filles de Marie Auxiliatrice Salésiennes, raconte ses démarches pour tenter de nourrir les familles qui ont trouvé refuge dans leur cour et sur le parvis de ce qui
n’est plus que ruines. Les 15 premiers jours, il n’y avait tout simplement rien à partager.
Puis, avec l’intervention de consoeurs de la République Dominicaine voisine, sont arrivés au compte-gouttes des biscuits, des boîtes de conserve ainsi que le plus important, l’eau. Les gens n’en pouvaient plus, il a fallu distribuer la nuit en demandant l’appui de la police. Les religieuses avaient estimé le nombre de bouches à nourrir à 600. Lors de
la distribution, leur nombre gonflait sans cesse, dépassant rapidement 800. “Nous étions inquiètes mais ce fut comme la multiplication des pains, tout le monde a eu à manger. Toutefois, aujourd’hui, nous n’avons plus rien à leur offrir“, explique soeur Sylvie (notre photo).
Pendant que nous échangeons, un mendiant vient solliciter la communauté, puis un autre. Chaque fois, une soeur l’invite à s’asseoir et va grappiller des vivres dans le peu qui leur reste.
La nuit, lors des répliques sismiques toujours inquiétantes, les religieuses, qui campent au milieu des sinistrés, entendent leurs chants d’abandon et d’espérance. La journée, certains viennent leur dire : “Nous avons commis trop de péchés, voire de crimes. Le Seigneur veut nous parler, Il attend quelque chose de nous pour faire un monde nouveau.“
La violence, on la connaît en Haïti : les kidnappings sont monnaie courante. Tous les moyens sont bons pour obtenir une rançon ou semer la terreur : violer, arracher les yeux ou découper en morceaux les victimes.
“Lors du tremblement de terre, j’ai voulu descendre les escaliers“, raconte soeur Sylvie. “C’était comme si le sol se détachait de moi, comme si le souffle s’en allait... Alors j’ai étreint une colonne dans mes bras en implorant le Seigneur pour qu’elle ne se brise pas. J’entendais au dehors les cris des gens, la douleur, l’effroi… Je me suis accrochée et j’ai pu sortir de la maison. Tout bougeait sous mes pieds comme sur un drap balloté par la mer, faisant songer à un tsunami. Avec quelques survivants, nous nous sommes pris par les mains et avons marché jusqu’au sanctuaire de Bel Air, pensant y trouver refuge avant de le découvrir écroulé lui a ussi. Épuisée, j’a i voulu m’étendre à côté d’autres personnes avant de réaliser que c’étaient des cadavres… J’ai beaucoup vieilli depuis ce jour-là car je porte, j’ai aussi la responsabilité d’accompagner mes soeurs, souvent traumatisées aussi par la situation de leurs familles respectives. Cependant, grâce à une formation humaine intensive suivie à Montréal, je me sens forgée pour faire face. Voici peu, après les ouragans meurtriers, nous avions déjà organisé des caravanes de soutien psychologique, des espaces de parole dans les régions dévastées“, enchaîne la responsable de communauté, consciente des appels à venir.
Avant la catastrophe, 40% des Haïtiens avaient moins de 14 ans, la mortalité était déjà la plus élevée d’Amérique vu les conditions
précaires d’accès à la santé et à l’éducation. Le taux d’orphelins battait lui aussi de tristes records et le trafic d’enfants était déjà extrêmement préoccupant. “Aujourd’hui, il y a une urgence pour les enfants,
en particulier pour les enfants non accompagnés. Il faut faire vite“, explique Françoise Vanni, porte-parole de l’UNICEF en Haïti. “Il est important au niveau émotionnel que les processus d’apprentissage et la routine puissent redémarrer.” Mais dans la capitale, 75% des écoles sont détruites, 60 % dans les autres zones affectées.
Les communautés salésiennes souhaitent reprendre dès que possible l’enseignement dans des containers tout en repensant le long terme avec des bâtiments résistant le mieux possible aux séismes.
Béatrice PETIT, à Port-au-Prince - Texte et photo
Pour soutenir ces communautés salésiennes et leurs projets de reconstructions d’écoles, vous pouvez verser au compte : 435-8034101-59 Dmos-Comide (*) (boulevard Léopold II, 195 à 1080 Bruxelles) en mentionnant (important !) dans la communication : “Projet 5050 Haïti reconstruction écoles salésiennes “. Les donateurs qui versent plus de 30 EUR pendant l’année 2010, recevront une attestation fiscale en janvier 2011.
(*) IBAN BE84 4358 0341 0159 - BIC KREDBEBB