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Quel devenir pour le christianisme ?

Philippe Barbarin et Luc Ferry

Quel devenir pour le christianisme ?

La société contemporaine manque-t-elle de spiritualité ? Peut-on se contenter d’invoquer les “valeurs” ? Le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, et Luc Ferry, philosophe et ancien ministre français de la Jeunesse, de l’Éducation nationale et de la Recherche, ont accepté de débattre de ces questions et de confronter leurs perspectives sur l’avenir du christianisme. Un échange extrêmement fécond.

C’est dans le cadre du jubilé des 150 ans de la basilique Sainte-Clotilde à Paris (communément appelée “la paroisse des hommes politiques”) qu’a été organisé un débat entre le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, et Luc Ferry, philosophe et ancien ministre, sur l’avenir du christianisme en France. Deux hommes extrêmement brillants, qui se rencontraient pour la première fois dans cette église et dont l’échange a tellement passionné l’auditoire que les éditions Salvator ont décidé d’en faire un livre. Et elles ont été bien inspirées car ce petit ouvrage de 128 pages ne manque pas d’intérêt, y compris pour un Belge. Les conférenciers, en effet, ont su prendre de la hauteur et élever le débat bien au-delà des sempiternelles querelles franco-françaises autour de la laïcité.


Ouverture d’esprit

Luc Ferry et le cardinal Philippe Barbarin, faut-il le préciser, ne sont pas non plus des penseurs en chambre. Tous deux sont très actifs dans leur domaine : l’un, dans le champ de la pensée et de la politique ; l’autre, dans le champ de la pastorale. Ils savent donc, quand ils le veulent, se montrer pédagogues et accessibles. Mais là n’est pas leur seul atout : leur ouverture d’esprit explique également en partie l’enthousiasme qu’ils suscitent. Bien que non croyant, Luc Ferry témoigne, en effet, d’une grande attention aux valeurs qui proviennent du christianisme, tandis que le cardinal Barbarin, riche de son expérience sur le terrain (et surtout auprès des jeunes), ne semble guère décontenancé lorsqu’il se trouve confronté à un point de vue opposé au sien.

L’avenir du christianisme, les deux hommes le voient bien sûr de façon très différente. Luc Ferry, tout d’abord, s’il constate comme tout le monde le déclin, au moins quantitatif, des religions, se réjouit de voir renaître un certain nombre de valeurs parmi les plus profondes du christianisme. L‘ancien ministre ne croit toutefois pas que nous allons assister à un retour du religieux. Pour lui, la philosophie va redevenir ce qu’elle était dans l’Antiquité, à savoir une doctrine de salut. “La religion nous promet en quelque façon que nous pouvons être sauvés de la mort, et de la crainte qu’elle suscite, par un Autre qui est Dieu et par la foi“, explique-t-il. “La philosophie nous promet qu’on peut être partiellement sauvé de cette peur non pas par un Autre qui serait Dieu, ni par la foi, mais par soi-même, par l’humain, avec les moyens du bord et par la lucidité de la raison.


Des lueurs d’espoir

L’archevêque de Lyon, pour sa part, se montre à la fois extrêmement lucide et plein d’espoir quant à l’avenir de son Église. “Des pans entiers s’effondrent, des congrégations religieuses ne se renouvellent plus, des séminaires ferment, des églises se vident, le taux de pratique a diminué“ , reconnaît-il. “Seulement voilà, le fond de la vie de l’Église n’a jamais reposé sur la quantité mais sur la grâce, et c’est une tout autre logique.“ En effet, si “les effectifs ont fondu“, “nous voyons aussi beaucoup de lueurs d’espoir, et nous constatons de nombreux élans missionnaires, qui sont le signe d’un étonnant renouveau spirituel. (…) À aucune époque, il n’y a eu de situation de chrétienté ; le christianisme tranquille n’existe pas. Celui qui prend sa situation de chrétien vraiment au sérieux dérange tout le monde, parce qu’il ouvre un avenir difficile et exigeant pour ses voisins, comme pour lui.

Si l’archevêque et le philosophe semblent, dans un premier temps, emprunter des chemins parallèles, leurs points de vue finissent peu à peu par se rencontrer et s’enrichir, au point d’aboutir à un éloge commun de la recherche spirituelle. “La première source d’espérance“, finit même par reconnaître Luc Ferry, “c’est que le Cardinal ait raison.“ Un échange parfois à fleurets mouchetés, donc, mais qui n’en aborde pas moins les questions vitales de l’amour, de l’espérance et de la résurrection.

Pascal ANDRÉ

“Quel devenir pour le christianisme ?”, Philippe Barbarin et Luc Ferry, Salvator, Coll. Controverses, 128 pages, Paiement anticipatif : 16 EUR port compris, au compte 732-7032002-38 - IBAN BE24 7327 0320 0238 - BIC CREGBEBB de Dimanche-Service, 20 Place de Vannes, 7000 Mons. Livraison deuxième semaine d’août.

 
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