Après "Le Déserteur" qui racontait l’histoire d’un jeune soldat français qui ne voulait pas faire la guerre, Roger Bichelberger évoque une autre résistance, celle d’un adolescent d’outre-rhin, sensible, amoureux et nostalgique.
Peu de romans ont pris pour sujet les opposants anonymes du IIIe Reich, ceux que leur conscience et leur foi empêchait d’adhérer au nazisme. On ne peut donc que se réjouir qu’un écrivain aussi talentueux que Roger Bichelberger ait choisi l’un d’entre eux comme héros de son dernier roman. Qui d’autre que lui, d’ailleurs, pouvait évoquer avec autant d’âme la résistance allemande, cette face peu connue de la Seconde Guerre mondiale ? Né en 1938, à Alsting, un petit village de Lorraine, l’auteur est effectivement traversé par les cultures germanique et française, et a toujours veillé à les préserver l’une et l’autre. Il est d’ailleurs lu et apprécié des deux côtés de la frontière linguistique.
C’est même un de ses lecteurs allemands qui lui a donné l’envie d’écrire son dernier roman. En janvier 2008, il a effectivement reçu par courrier le témoignage d’un homme qui, adolescent, a déserté la Wehrmacht pour des raisons de conscience. De ce récit est né “La fille à l’étoile d’or”, l’histoire d’Ansgar, un jeune Allemand de 16 ans, qui, bien que déserteur et antinazi, se retrouve prisonnier de guerre dans un camp américain de Normandie, en août 1945. Un roman écrit sous la forme d’un journal où “tout est vrai et tout est inventé “, comme le précise lui-même Roger Bichelberger, à la fin de son livre.
Si le personnage d’Ansgar est particulièrement intéressant à suivre, c’est parce qu’il nous permet d’assister à la montée du nazisme, à la prise du pouvoir par Hitler, à l’extermination des juifs et aux années de guerre, à travers les yeux d’un enfant, puis d’un adolescent. Ansgar, il est vrai, ne ressemble pas à la majorité des jeunes Allemands de son époque. Né à Aix-la-Chapelle dans une famille catholique antinazie, il n’a pas été contaminé par la peste brune et a vécu pendant des années dans l’effroi de voir disparaître ses voisins juifs, dont la petite Elsa, la fille à l’étoile d’or. Malheureusement, celle-ci finit par être déportée avec toute sa famille. Un événement qui marquera à tout jamais le jeune garçon.
“Lorsque je pense à Elsa, à ses frères et à ses parents“, écrit Ansgar, “j’ai envie d’apostropher ceux qui ont adhéré à cette doctrine, qui y adhèrent peut-être encore autour de moi, et de leur demander comment ils ont pu accorder le moindre crédit à un homme qui prônait l’élimination des handicapés, qui n’hésitait pas à faire assassiner froidement, impitoyablement, des milliers de bébés et d’enfants sous prétexte qu’ils étaient juifs, à faire périr dans de grandes souffrances femmes et jeunes filles, transformant les hommes de son propre peuple en bourreaux. Et je ne parle que de ce que je connais…“
Heureusement, les Allemands étaient loin de suivre tous Hitler dans sa folie destructrice. De nombreux chrétiens, notamment, refusèrent de se laisser embrigader par les nazis et firent de la résistance, souvent au risque de leur vie. À travers l’histoire d’Ansgar, Roger Bichelberger nous invite ainsi à nuancer notre regard sur le rôle de l’Église allemande durant la Seconde guerre mondiale. En effet, si certains catholiques, y compris des évêques, plièrent l’échine et jurèrent fidélité au IIIe Reich, d’autres, plus courageux et ancrés dans l’Évangile, osèrent relever la tête et défier le régime. Un évêque fut même interné à Dachau pour avoir prié publiquement pour les juifs persécutés, nous rappelle l’écrivain.
“Pour moi“, écrit Ansgar dans son journal, “les menées du Fürher étaient antichrétiennes autant qu’antijuives. À preuve la déportation du prêtre Ulrich Olberts, celle du docteur Seelhorst, aumônier du lycée, et l’internement de nombreux autres prêtres. Le judaïsme n’est-il pas le père du christianisme ?“ Une paternité qui apparaît clairement à la lecture de ce livre aussi émouvant qu’inattendu. Pascal ANDRÉ
“La Fille à l’étoile d’or”, Roger Bichelberger, Albin Michel, 170 pages, Paiement anticipatif : 20,85 EUR, port compris, au compte 732-7032002-38 IBAN BE24 7327 0320 0238 - BIC CREGBEBB de Dimanche Service, 20 Place de Vannes, 7000 Mons.