Le 20 août dernier, la Secrétaire d’État américaine Hillary Clinton a annoncé que des négociations directes allaient reprendre entre Israéliens et Palestiniens dès le 2 septembre à Washington. Quel espoir faut-il placer dans ces nouveaux pourparlers de paix ? Ont-ils une chance d’aboutir ? Quel est le contexte politique dans lequel ils s’insèrent ? Retour en arrière et analyse.
13 septembre 1993 : la signature des accords d’Oslo entre l’Autorité palestinienne de Yasser Arafat et l’État d’Israël d’Itzhak Rabin laisse enfin entrevoir une issue pacifique au conflit qui oppose Juifs et Arabes depuis près d’un siècle au Proche-Orient. Hélas ! la suite ne sera pas aussi rose qu’on
l’espérait. L’assassinat de Rabin en 1995, l’arrivée au pouvoir de l’ultranationaliste Benyamin Netanyahou et la poursuite par Israël de la colonisation des Territoires occupés palestiniens minent ce que l’on a appelé le “processus de paix”.
Ce n’est pas faute d’avoir voulu relancer celui-ci, que du contraire : en octobre 1998 à Queenstown (États-Unis), en 2000 à Camp David, en 2001 à
Taba (Égypte), en juin 2003 avec la mise au point de la fameuse “feuille de route”, ou encore en 2007 à Annapolis (États-Unis). Les tentatives pour
parvenir à une solution négociée entre les deux parties ont été multiples. Elles ont cependant été empoisonnées par les attentats des Palestiniens, d’une part, par le non-respect de ses engagements par l’État hébreu, d’autre part.
Outre la question ultra-délicate des colonies juives de peuplement en Cisjordanie, à Jérusalem-Est et dans la bande de Gaza, les négociations achoppent sur le problème du retour des réfugiés palestiniens dans leur patrie (dont les Israéliens ne veulent pas entendre parler), sur la problématique du
contrôle des ressources régionales en eau, et sur l’incapacité de l’Autorité palestinienne à mettre un terme aux violences des siens. Sans parler de
l’impossible définition des frontières du futur État palestinien indépendant…
Le dernier round de pourparlers entre les uns et les autres s’est achevé brutalement en décembre 2008, lorsque Tsahal a lancé une offensive armée
contre la bande de Gaza, contrôlée depuis juin 2007 par les islamistes du Hamas. Le retour au pouvoir de Netanyahou le 31 mars 2009 – à la tête
d’une coalition de droite et d’extrême droite – ainsi que la division des Palestiniens entre le Hamas et le Fatah du modéré Mahmoud Abbas, ont fait traîner en longueur les tentatives du Quartette international (formé par les États-Unis, la Russie, l’Union européenne et l’ONU) pour réanimer un processus de paix moribond.
Après dix-neuf mois d’interruption, le président américain Barak Obama a réussi en mai 2010 à relancer les efforts de conciliation. Dès cette date, des pourparlers indirects de paix ont repris sous l’égide de l’émissaire spécial U.S. George Mitchell. Mais l’intervention “musclée” de la marine israélienne contre une flottille internationale d’aide humanitaire à destination de Gaza le 31 mai suivant a presque fait capoter les difficiles négociations. Le 6 juillet dernier, à l’issue d’une rencontre avec Netanyahou, Obama a cependant déclaré que ce dernier souhaitait “aboutir à des négociations sérieuses“ avec les Palestiniens.
Le chemin est donc (r)ouvert pour des pourparlers directs entre les deux parties. Avec une exigence palestinienne et américaine au départ : qu’Israël
prolonge au-delà du 26 septembre prochain le moratoire de dix mois qu’il a décrété sur la construction de nouvelles colonies juives dans les Territoires palestiniens. Sous la pression israélienne, cette exigence préalable a toutefois dû être abandonnée, ce qui n’est pas vraiment de bon augure dans l’optique de ces nouvelles négociations directes. Des négociations qui pourraient bien se révéler, aussi bien pour l’État hébreu que pour l’Autorité palestinienne,
celles de la dernière chance…
Louis MATHOUX