Editorial du 5 février 2012
Les dangers de l’islam politique

Il y a deux islam, celui que l’on respecte et celui que l’on craint. La difficulté est qu’on ne sait pas toujours auquel on a affaire. Il y a en effet un islam mystique, qui cherche Dieu, souvent beaucoup plus intensément que les Occidentaux, et qui est prêt au dialogue. Les chrétiens, emberlificotés dans leurs questions ecclésiales, sont d’ailleurs parfois bien démunis, car ils se retrouvent face à de vrais spirituels.
Mais il y a aussi l’islam à la manière de Khomeiny. "
L’islam est politique ou n’est rien", disait-il. Cet islam, ou plutôt l’islamisme, fait souffrir et mourir les chrétiens en Orient, en Afrique, au Pakistan... Le printemps arabe, qui en avait réjoui plus d’un, se fait maintenant inquiétant. Le baromètre interreligieux indique "tempête" dans de nombreux pays. On assiste à une revanche des islamistes qui ont été opprimés par des régimes à la fois libéraux et totalitaires. L’Égypte, et ce n’est qu’un exemple, vient d’enregistrer une victoire islamique. 47% pour les Frères musulmans et 25% pour les salafistes, plus extrémistes. Certains de ces derniers n’hésitent pas à encourager la lutte armée. Ils plaident pour un retour à l’islam dur : ne plus saluer les chrétiens coptes à l’occasion de leurs fêtes, supprimer les cimetières mixtes... Cela se passe aussi dans d’autres pays et l’Orient se vide petit à petit de tous ses chrétiens. Nous restons passifs.
Cet islam intégriste est infiltré chez nous et, parfois, les musulmans eux-mêmes ne savent pas de qui ils sont le jouet. Le dernier rapport de la Sûreté de l’État est explicite. De plus, dans nos pays, se pose la question des "arrangements". Faut-il tolérer différents droits de la famille dans une même région et, par exemple, accepter la polygamie au nom de la liberté religieuse ou la mise en place de tribunaux islamiques régis par la charia ? Si cet islam rigoriste l’emportait, ce ne serait pas une avancée. Tout comme nous ne supporterions plus l’ingérence des papes dans la politique, comme il y a quelques siècles, nous ne pouvons accepter un islam politique. La laïcité a permis la coexistence entre les citoyens de toutes convictions. Un pas en arrière risquerait d’engendrer de nouvelles luttes.
Il y a donc plus de questions que de réponses. Cette inquiétude ne devrait cependant pas nous empêcher de prôner le dialogue en vue d’un enrichissement mutuel.
Charles DELHEZ