Editorial du 27 juin 2010
Mais qu’est-ce qui divise les gens ?

Deux événements ont alimenté les médias en mal de copie durant le week-end, l’un de France, et l’autre en Belgique. En France, les “Bleus”, censés être la fierté de l’Hexagone et symboliser l’unité nationale par-delà la politique, ont manqué leur coup. L’équipe s’entre-déchire. Cet exemple illustre la difficile unité
dans nos propres vies, mais interroge aussi l’évolution du sport. Du temps des Romains, on estimait qu’il suffisait d’un peu de pain et de cirque pour calmer le peuple. Quand le pain manque, il reste donc le cirque. Mais celui-ci n’est-il pas devenu un immense business ? Dans le football, on peut parfois se demander si ce n’est pas après les millions que les joueurs courent, et non derrière un ballon. En Belgique, c’est le parti socialiste liégeois qui a attiré l’attention des médias. Règlements de comptes, petites phrases assassines, remise en
“ordre utile”… Ceux qui se veulent au service de la nation ne seraient-ils pas souvent tout d’abord au service d’eux-mêmes et de leur propre gloire, au prix d’un certain ridicule ?
Il ne s’agit pas, bien sûr, de se réjouir du malheur des autres – même si c’est parfois la tentation des sportifs, des politiques et de bien d’autres –, mais de relever une constante, celle de la difficile unité ! Cela se vérifie, non seulement dans le sport – qui, sous des aspects de compétition, devrait être un point de
rassemblement –, mais aussi en politique, tout comme dans les religions, entre elles et à l’intérieur d’elles-mêmes. Et l’on pourrait aussi parler des familles, parfois déchirées depuis des générations, et des couples dont l’amour s’est tout à coup mué en haine féroce.
Pas question donc de prendre plaisir à conter les dérèglements de notre humaine condition, alors que dans les religions, et notamment dans l’Église catholique, tout irait bien. Saint Paul rappelait précisément aux pratiquants du week-end dernier leur vocation à ne faire plus qu’un. Hélas, déjà alors, rivalités et dissensions ne manquaient pas… Puissent ces quelques réflexions, un peu amères, nées à l’écoute des médias, interroger chacune et chacun, quelle que soit sa place et sa fonction : es-tu ferment d’unité ou divises-tu pour mieux
régner ? Et que les chrétiens se rappellent qu’ils sont appelés à être, humblement, un “sacrement” d’unité offert à tous. Il y a encore du chemin…
Charles DELHEZ