Editorial du 21 février
Droits de l’homme : balayer devant sa porte

La Belgique mène une politique étrangère où la dimension des droits de
l’homme occupe une place prépondérante. Mais qu’en est-il chez elle ? Est-elle aussi exemplaire à l’intérieur de ses frontières qu’à l’extérieur ? Bien sûr, la Belgique n’est ni l’Iran ni la Chine ni la Lybie. Nous pouvons nous en réjouir. Mais cette pensée, tout aussi réconfortante soit-elle, ne doit pas nous empêcher de garder l’oeil grand ouvert, car rien n’est jamais vraiment acquis dans ce domaine. Les pas en arrière y sont d’ailleurs plus fréquents que les grandes avancées.
Le 11 février dernier, la Ligue des droits de l’homme de Belgique a
présenté devant la presse son bilan pour l’an 2009. Rien d’alarmant dans l’ensemble, mais quand même quelques inquiétudes, notamment en ce qui concerne la situation dans les prisons, les droits des étrangers et la lutte contre le terrorisme. Le climat sécuritaire qui règne un peu partout en Occident depuis les attentats du 11 septembre 2001 a effectivement conduit à “
criminaliser des mouvements sociaux et des contestations pacifiques“ qui n’auraient jamais dû l’être. En ont notamment fait la triste expérience, en 2009, l’association Greenpeace, le passager d’un avion arrêté et interdit de vol pour avoir réagi lors de l’expulsion d’un sans-papier, quatre militants altermondialistes suspectés
d’appartenance à une organisation criminelle pour avoir organisé une manifestation à Liège, etc. Autant d’atteintes à la liberté d’expression, injustifiables dans une démocratie comme la nôtre.
Quant à celles et ceux qui estiment que notre législation et notre
Justice sont trop laxistes, qu’ils se détrompent ! Ces dix dernières années, les peines de prison ont été fortement allongées et la population carcérale a augmenté de 74% en trente ans, atteignant un
triste record, en 2009, avec 10.160 détenus pour une capacité de
8.244 places. Une politique à court-terme qui – nous l’avons déjà
dénoncé plusieurs fois dans ce journal – demeure globalement
inefficace et ne répond que très partiellement aux problèmes de la
criminalité. Idem pour les droits des étrangers de plus en plus bafoués
ces dernières années, malgré les promesses d’amélioration formulées par le monde politique.
Certaines maladies se déclarent brutalement ; d’autres, de façon insidieuse. Ne laissons pas celle qui s’attaque actuellement à notre
démocratie affaiblir davantage son système immunitaire. Les plus
vulnérables de notre société en font déjà les frais. Il est urgent
d’administrer les bons remèdes.
Pascal ANDRÉ