Editorial du 14 mars 2010
Le retour de la peste brune

La peste brune serait-elle de retour en Europe ? Notre vieux continent serait-il en train de renouer – lentement mais sûrement – avec ses vieux démons, lui qui croyait s’en être définitivement débarrassé au lendemain de la Seconde guerre mondiale ? “Plus jamais ça”, s’étaient écriés les leaders de l’époque en découvrant les camps de concentration du régime nazi et les rouages infernaux de la Solution finale imaginée par Hitler. Après tant d’horreurs, ils nous imaginaient immunisés, guéris à tout jamais de la barbarie. Malheureusement, celle-ci sommeille en chacun de nous et peut se réveiller à tout moment, si nous n’y prenons garde. Tous les ingrédients sont d’ailleurs réunis aujourd’hui pour qu’elle revienne en force : crise financière et économique, chômage, augmentation de la pauvreté, instabilité politique, bouleversements démographiques, crise identitaire, réchauffement climatique… Jamais,
sans doute, n’avons-nous eu autant de raisons de craindre pour
l’avenir. Et la peur, malheureusement, suscite invariablement les
mêmes comportements : repli sur soi, violence, égoïsme, recherche d’un bouc-émissaire, rejet de l’autre, etc.
Ce qui se passe actuellement chez nos voisins du Nord en est la
parfaite illustration. Les Pays-Bas, qui se sont longtemps présentés
comme un exemple en matière d’intégration et d’ouverture aux autres cultures, sont en train de succomber aux charmes de Geert Wilders, le président du Parti pour la Liberté (PVV), dont les résultats aux dernières élections municipales n’augurent rien de bon pour cette démocratie. À trois mois des législatives, et alors qu’il se présentait pour la première fois à un scrutin, ce parti d’extrême droite a remporté un score plus que confortable dans deux villes importantes du pays : Almere et La Haye. Un “succès” inattendu, mais surtout inquiétant, quand on sait que le PVV le doit essentiellement à ses attaques répétées contre l’islam et le
Coran, ainsi qu’à son souhait de mettre fin à l’immigration. Les étrangers et les musulmans, voilà, aux yeux de Geert Wilders et de
ses acolytes, les responsables de tous nos malheurs.
Le pire, c’est que ce discours haineux et extrêmement simpliste est
en train de se propager à travers toute l’Europe, nous ramenant peu à peu aux heures les plus sombres de notre histoire. L’heure n’est donc plus aux propos rassurants et lénifiants. Il faut agir, et sans tarder, sinon le barbare – qui est rarement celui qu’on imagine – aura tôt fait de nous envahir et de nous dominer.
Pascal ANDRÉ