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Destruction massive – Géopolitique de la faim

Jean Ziegler

Destruction massive – Géopolitique de la faim

Sur une planète où, toutes les cinq secondes, un enfant de moins de dix ans meurt de faim – un véritable refrain dans le dernier livre de Jean Ziegler – , il y a bien des dysfonctionnements à dénoncer. Le rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation de 2000 à 2008 s’y emploie. En fin de compte, c’est le système économique mondial et financier et le dogme libre-échangiste qui sont remis en question.

La faim est le scandale de notre siècle, sur une planète de sept milliards d’habitants qui peut en nourrir douze milliards. Depuis peu, de nouveaux fléaux se sont abattus sur les peuples affamés de l’hémisphère sud : les vols de terres par les trusts des biocarburants et la spéculation boursière sur les aliments de base. "Le droit à l’alimentation est certainement celui qui est le plus constamment et le plus massivement violé sur notre planète", affirme Jean Ziegler, qui ajoute : "La faim tient du crime organisé." Une affirmation qui rappelle cette citation biblique : "Une maigre nourriture, c’est la vie des pauvres ; les en priver, c’est commettre un meurtre" (Ecclésiastique 34, 21). Or, "l’éradication de la faim est de la responsabilité de l’homme, il n’existe aucune fatalité en cette matière". Dans cette prise de conscience, Josué De Castro, fondateur de la FAO, a été un pionnier. C’est à lui que notre sociologue emprunte le sous-titre de son livre : "Géopolitique de la faim".

À côté des êtres détruits par la sous-alimentation, victimes de la faim, il y a ceux qui sont ravagés par la malnutrition. La sous-alimentation provient du manque de calories, la malnutrition de la déficience en matière de micronutriments. C’est la "faim invisible". Un tiers de la population mondiale ne peut pas réaliser son potentiel physique et intellectuel du fait de carence en vitamines et minéraux. La moitié des décès des enfants de moins de cinq ans dans le monde ont pour cause directe ou indirecte la malnutrition.


Des ennemis de taille

Heureusement, dira-t-on, il y a la FAO, née en 1946, l’organisation pour l’alimentation et l’agriculture, et le PAM, programme alimentaire mondial. Mais ces organismes sont souvent réduits à l’impuissance. Il faut dire que les ennemis sont de taille, ainsi les spéculateurs agroalimentaires et fonciers. Et le sociologue genevois n’y va pas de main morte quand il accuse les "trois cavaliers de l’Apocalypse" de la faim organisée : l’OMC, le FMI et, dans une moindre mesure, la Banque Mondiale. Pour lutter contre ce fléau, il faut accroître la productivité, estiment les croisés du néolibéralisme, faisant leur le credo du marché libre. Une industrialisation intense et une libéralisation complète sont les moyens utilisés. C’est contre ces deux évidences que se dresse l’ancien rapporteur spécial de l’ONU, argumentant à force de chiffres et d’exemples choisis sur le terrain. Les produits agricoles ne sont pas une marchandise comme une autre, ainsi que le fait remarquer Olivier De Schutter, le successeur de Jean Ziegler. La nourriture est un bien public.

Un autre dossier est celui des biocarburants, à base de cannes à sucre, de palmiers à huile, de maïs… C’est la "malédiction de l’or vert". Il s’agit de remplacer, à terme, les énergies fossiles. Mais au prix de la vie des pauvres. "Les agrocarburants provoquent des catastrophes sociales et climatiques. Ils réduisent les terres vivrières, détruisent l’agriculture familiale et contribuent à aggraver la faim dans le monde. (…) Produire des agrocarburants avec des aliments est criminel."


Les mots ne suffisent pas

Jean Ziegler accumule les chiffres qui font contraste, les exemples forts et les phrases-choc, ce qui donne un livre qui se lit aisément, pas sans mauvaise conscience cependant. Mais une publication, pas plus que les nombreuses déclarations, ne suffi t à résoudre les problèmes. "Si les mots pouvaient nourrir les hommes, personne n’aurait plus faim" ("The Economist", 21 novembre 2009).

Heureusement, nombreux sont les résistants qui viennent illustrer ce livre et nourrir l’espérance. Sans doute, au fil des pages, y a-t-il des répétitions, des slogans qui reviennent. C’est qu’il s’agit d’un plaidoyer passionné, fruit d’un intense engagement au service des victimes innocentes de notre monde boulimique. Merci, Monsieur Ziegler. On ne sort pas indemne de votre livre.

Charles DELHEZ

"Destruction massive – Géopolitique de la faim", Jean Ziegler, Seuil, 352 pages, Paiement anticipatif : 24,85 euros, port compris, au compte 732- 7032002-38 IBAN BE24 7327 0320 0238 - BIC CREGBEBB de Dimanche Service, 67/2, chaussée de Bruxelles, 1300 Wavre.

 
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