La biographie que le père Édouard Brion vient de publier à l’approche de la canonisation du père Damien est attachante car, il a puisé à des sources très concrètes : les lettres de Damien et les témoignages recueillis durant les différentes phases du procès en béatification.
On voit ainsi émerger un portrait “au naturel” de l’apôtre des lépreux. Fils de paysans flamands, Joseph De Veuster s’est engagé totalement au service des parias de la société d’alors et il a été, comme le Christ, jusqu’à donner sa vie pour autrui.
Mais si le futur saint Damien de Molokaï est considéré par nos compatriotes comme l’un des plus grands Belges de l’histoire, il n’en reste pas moins un homme, avec ses difficultés et ses doutes : on n’en veut pour preuve que le dégoût qu’il a ressenti dans les premiers temps en découvrant l’odeur qui régnait à Molokaï…
Damien connaîtra aussi des blessures, notamment à la fin de sa vie. Il y a d’abord la lèpre bien sûr, car il a certainement été cruellement déçu d’en être atteint : “Il était tellement sûr d’être épargné du mal grâce à la protection de la Sainte Vierge et de son saint patron de baptême, saint Joseph”,écrit le père Brion.
Mais il faut savoir aussi que quand le monde apprend la terrible nouvelle, en 1886, c’est le début d’une tempête médiatique qui ne sera pas sans conséquences. On voit affluer les dons et se présenter les volontaires pour venir épauler le héros. Et ce “tsunami humanitaire” (dixit le père Brion) perturbe les supérieurs de Damien qui trouvent par exemple injuste que la léproserie de Molokaï attire autant d’argent alors qu’elle n’est qu’une petite mission. Mais ce qui le fera le plus souffrir, ce sont les soupçons que ces autorités feront peser sur lui : en cette époque où l’on lie lèpre et syphilis, d’aucuns se demanderont si Damien n’a pas contracté la maladie suite à des relations sexuelles…
Après sa mort, Damien n’est pas devenu “santo subito”, loin de là : à Honolulu, on a toujours fait la sourde oreille à toute demande d’ouverture d’un procès en béatification. C’est de Belgique qu’est venue l’impulsion en 1936 avec le retour de sa dépouille qui a permis d’amorcer enfin ce procès.
De ce portrait du père Damien se dégage par ailleurs l’image d’un homme qui prend de grandes décisions sans tergiverser. C’est le cas quand il décide, lors d’une visite chez son frère Pamphile, de rester au couvent de Louvain pour éviter la peine des adieux à sa famille. Ou encore quand il apprend que son frère est tombé malade et ne pourra partir pour Hawaï : c’est directement au supérieur général de la congrégation qu’il s’adresse pour demander à pouvoir le remplacer. Le même trait de caractère prédomine pour l’arrivée chez les lépreux de Molokaï : quand l’évêque demande quelques prêtres pour s’occuper par tournante de ces malades, Damien, non content d’être parmi les volontaires, décide de partir sur le champ et de rester définitivement…
Au fil de son récit, le père Brion nous plonge au coeur de l’esprit de l’époque : le petit village de Tremelo dont l’existence est rythmée par les injonctions de l’Église catholique, les relations familiales parfois rudes, le noviciat des Pères des Sacrés-Coeurs aux règles de vie austères… Et l’auteur actualise souvent son propos : il évoque la figure du prêtre aujourd’hui, ce qu’est devenue la vie des membres de la congrégation, l’oecuménisme qui a fait suite à la guerre sans merci que se livraient à l’époque catholiques et protestants pour convertir les incroyants…
L’ “aujourd’hui” de ce livre, ce sont aussi les trois derniers chapitres dans lesquels Stéphane Steyt présente “Action Damien” dont il est le responsable de la communication. Les “Amis du père Damien” sont devenus la “Fondation Damien” puis tout récemment “Action Damien”, mais sans cesser de faire appel à la générosité des Belges, chaque dernier dimanche de janvier.
Si “Action Damien” lutte aussi (et de plus en plus) contre la tuberculose, elle agit toujours en s’inspirant des valeurs qui émanent de Damien. À cet égard, Stéphane Steyt cite le respect, l’opiniâtreté, la collaboration et l’inspiration. Selon le porte-parole, les sources d’inspiration diffèrent cependant : “Beaucoup sont marqués par la figure de Damien lui-même. Pas nécessairement par son côté religieux, plutôt par son travail exemplaire. Là-bas, à Molokaï. ”Molokaï où depuis la mort de Damien il y a toujours eu un père des Sacrés-Coeurs dans la léproserie…
Hubert WATTIER
“Damien, hier et aujourd’hui“, Édouard Brion et Stéphane Steyt , Fidélité, 144 pages – Paiement anticipatif : 16,95 EUR, port compris, au compte 732-7032002-38 - IBAN BE24 7327 0320 0238 - BIC CREGBEBB de Dimanche-Service, 20 Place de Vannes, 7000 Mons.