Et voici donc les quatre évêques “intégristes” réintégrés dans l’Église, au terme de la Semaine de prière pour l’Unité des chrétiens et le jour du 50e anniversaire de la convocation du Concile par Jean XXIII. Bonne ou mauvaise nouvelle ? A priori, bonne.
La fin d’un schisme, un début de réconciliation, des “frères ennemis” qui se parlent et reprennent le chemin ensemble… qui ne saurait voir cela positivement ? Mais il y a aussi des questions, des inquiétudes. Et ceci explique les réactions négatives, celles qui parlent de trahison. Certains voient en effet dans cette décision de Benoît XVI un signe de plus de son côté traditionnel. Ils craignent un retour en arrière, en deçà du Concile. Plus d’une fois, cependant, le pape a rappelé sa loyauté vis-à-vis de Vatican II, même si l’on peut regretter de sa part une interprétation plus restrictive que d’aucuns.
Les déclarations antisémites d’un des quatre évêques étaient une porte d’entrée facile dans cet événement pour ceux qui cherchent davantage a décrier le geste du pape qu’à le comprendre. Or, l’excommunication de 1988 n’avait rien à voir avec ces propos. Sa levée non plus, du coup. L’excommunication est un problème ecclésial et non politique ou idéologique. Si ces évêques ont déclaré qu’ils désavouaient leur rébellion et s’en remettaient à l’autorité du pape, ils ont manifesté leur désir de mettre fin au schisme. Il n’empêche que de tels propos antisémites – que le porte-parole du Vatican a clairement réprouvés au nom de l’Église – inquiètent. Et cette inquiétude, elle, n’est pas levée par la décision du pape.
Que ce dérapage de l’un des quatre évêques ne fasse pas oublier l’essentiel, la fin d’une blessure profonde. Cette décision est, cependant, moins un aboutissement qu’un nouveau point de départ. Bien des questions ne sont pas encore réglées, notamment la réaction des prêtres de la Fraternité Saint-Pie X et leur statut. Mais, dorénavant, le dialogue aura lieu non entre “ennemis”, mais à l’intérieur d’une communion – minimale – retrouvée. On peut voir aussi, dans cet événement, une interpellation pour les chrétiens “progressistes” : montrer plus que jamais que le Concile Vatican II est source d’un véritable renouveau, qu’il fut un début de réponse aux questions si nombreuses posées par notre société en pleine mutation. Puissent les disciples de Mgr Lefèvre le constater de l’intérieur.
Charles DELHEZ